D'une rive à l'autre

Interview par Dominique Passet Baudelot

Mars 2003

« L’utilisation de la vidéo est intimement liée au propos chorégraphique.

C’est un rapport d’ordre documentaire et non esthétique. Depuis le début des répétitions, je filme tout ce qui se passe dans le studio de création. Je fais en quelque sorte partie du film est de l’histoire, je suis solidaire de cet échange permanent entre des individus qui tissent la matière de l’ordre future. Ces images constituent une mémoire vive à partir de laquelle Jean-Christophe Maillot a sélectionné les séquences pertinentes dans la seconde partie du spectacle.

Il a choisi de créer devant la caméra car elle permet un transfert qui le libère. Il y a quelque chose de dérangeant à être observé, à être pris par ses danseurs en flagrant délit de création.

L’improvisation est court-circuitée par une attente, qu’elle soit attente du danseur ou du public. Avec la vidéo, il interroge sa production au travers du documentaire où, en même temps, il se met en scène.

J’ai ainsi constitué pendant deux mois une véritable banque de données en images vidéo :

Jean-Christophe Maillot au travail – contre- jours – les mains – les yeux – le miroir – la fragmentation – la musique – les reflets – les traces - les mouvements des danseurs en répétition – les portraits des danseurs en prise avec le travail de création….

Le compositeur s’en inspire, il intègre le son d’une pointe au sol, celui de la bouteille d’eau claquant sur le piano.

Ces images qui témoignent de tous les événements petits et grands de la vie des danseurs sont tournées avec une caméra non-stable et traités comme un documentaire. Elles renseignent sur le processus de création  mais elle sont aussi une intrusion et une mémoire que l’on réinjecte dans le ballet comme autant de traces et d’indices, tout en étant suffisamment épurées pour ne pas asphyxier la chorégraphie ».